Pourquoi votre poids change d’un jour à l’autre

Illustration : Pourquoi votre poids change d'un jour à l'autre

Minceur

Vous montez sur la balance un mardi matin et elle affiche un chiffre. Deux jours plus tard, sans avoir rien changé à votre façon de manger ni à votre activité, elle en affiche un autre, plus lourd d’un kilo. La conclusion vient toute seule, et elle est presque toujours fausse : les efforts n’auraient servi à rien, ou un écart du week-end aurait tout annulé.

Sur deux jours, la masse grasse d’un corps adulte ne peut ni apparaître ni disparaître dans ces proportions. Ce qui a bougé, c’est autre chose : de l’eau, du sel, le contenu du tube digestif, les réserves de sucre des muscles, parfois la phase du cycle hormonal. Tout cela pèse, et tout cela change vite.

La balance n’est pas un mauvais outil. C’est un outil qui mesure une seule chose, la masse totale du corps à un instant donné, et qui ne dit rien de la composition de cette masse. Lue chaque matin comme un verdict, elle rend anxieux. Lue comme une série de points dont on regarde la pente sur plusieurs semaines, elle devient utile.

Ce que la balance mesure, et ce qu’elle ne mesure pas

Une balance pèse tout ce qui se trouve entre vos pieds et le haut de votre crâne : les os, les muscles, les organes, le sang, l’eau contenue dans les tissus, ce qui se trouve dans votre estomac et vos intestins, ce qui attend dans votre vessie, et la masse grasse. La graisse n’est qu’une part de ce total, et c’est justement la part qui bouge le plus lentement.

Un chiffre isolé ne répond donc pas à votre question. Vous voulez savoir si votre masse grasse diminue ; la balance, elle, répond sur la masse totale. Les deux finissent par se rejoindre, mais seulement sur la durée, quand les variations d’eau et de contenu digestif s’annulent.

Les balances à impédancemétrie, qui affichent un pourcentage de masse grasse, ne mesurent pas davantage la graisse. Elles font passer un courant faible à travers le corps et en déduisent une estimation, très sensible à votre hydratation et à l’heure. Le chiffre a l’air précis, il ne l’est pas : lisez-le comme une tendance.

L’eau, le sel et le glycogène : les variations les plus rapides

L’eau représente la plus grande partie de la masse du corps, et c’est elle qui explique l’essentiel des écarts d’un jour à l’autre. Un litre d’eau bu pèse un kilo au moment où vous le buvez, puis repart en quelques heures par les urines et la transpiration. Rien de tout cela ne concerne la graisse.

Le sel

Un repas plus salé que d’habitude, un plat de restaurant, de la charcuterie, du fromage, s’accompagne d’une rétention d’eau passagère : le corps garde un peu plus d’eau pour maintenir l’équilibre de ses liquides, puis élimine l’excès sur un à deux jours. La balance monte le lendemain et redescend ensuite. Les autorités sanitaires françaises et européennes recommandent de réduire le sel, mais pour la tension artérielle, pas pour le chiffre du matin.

Les réserves de sucre des muscles

Vos muscles et votre foie stockent du glucose sous forme de glycogène, et ce stock est retenu avec une quantité d’eau nettement supérieure à son propre poids. Quand vous mangez beaucoup moins de féculents pendant quelques jours, ces réserves se vident et l’eau qui les accompagnait part avec elles. D’où la perte spectaculaire de la première semaine d’un régime pauvre en glucides : bien réelle sur la balance, mais surtout faite d’eau. Dès que vous remangez du pain ou des pâtes, le chiffre remonte. Ce n’est pas une reprise de graisse, c’est le même stock qui se remplit.

La chaleur, l’effort et l’alcool

Une journée chaude, une longue marche, une séance de sport : vous transpirez et vous pesez moins le soir, jusqu’à ce que vous ayez rebu. L’alcool fait uriner davantage sur le moment, puis s’accompagne souvent d’une rétention le lendemain, sans compter les aliments salés qui vont avec.

Le transit : ce que vous portez, tout simplement

Ce que vous avalez pèse ce qu’il pèse tant qu’il est en vous. Une journée riche en légumes, en légumineuses et en fruits apporte beaucoup de volume et d’eau ; ce contenu traverse le tube digestif en un à deux jours. À l’inverse, un transit ralenti, lors d’un voyage ou d’un changement d’horaires, laisse davantage de contenu en place et fait monter le chiffre.

Le même raisonnement vaut pour la vessie : se peser avant ou après être passé aux toilettes ne donne pas le même résultat. Raison suffisante pour toujours se peser dans le même ordre.

Cycle hormonal, sommeil, stress et reprise du sport

Chez les femmes réglées, les jours qui précèdent les règles s’accompagnent souvent d’une rétention d’eau : ventre tendu, seins sensibles, bagues plus serrées, et un poids plus élevé qui redescend ensuite. Cette variation revient chaque mois, au même moment. La bonne comparaison n’est donc pas d’une semaine à l’autre, mais d’un cycle au même point du cycle suivant. Notez simplement où vous en êtes dans le cycle : la courbe devient beaucoup plus lisible.

Le manque de sommeil et le stress prolongé agissent de façon plus indirecte. Ils modifient l’appétit, l’attirance pour les aliments gras et sucrés, l’envie de bouger. C’est l’une des directions constantes des messages de santé publique, et elle mérite d’être prise au sérieux : un mois de nuits trop courtes pèse souvent plus lourd qu’une assiette.

Enfin, reprendre une activité physique après une longue pause fait souvent monter la balance quelques jours : les muscles sollicités de façon inhabituelle retiennent de l’eau le temps de récupérer. C’est passager, et c’est précisément le moment où beaucoup de gens arrêtent, convaincus que le sport les fait grossir.

Lire une tendance plutôt qu’un chiffre

Toujours dans les mêmes conditions

  • Le matin, après être passé aux toilettes, avant de manger et de boire.
  • Avec la même tenue légère, ou sans rien.
  • Sur la même balance, posée sur un sol dur et plat : un tapis fausse la mesure.

Une pesée du soir, habillé, après le dîner, n’est pas comparable à une pesée du matin à jeun : ni la même eau, ni le même contenu digestif.

Regarder la moyenne de la semaine

Deux méthodes fonctionnent, à condition de s’y tenir. Soit vous vous pesez plusieurs fois par semaine et vous comparez la moyenne d’une semaine à celle de la précédente : les hauts et les bas s’annulent, la pente apparaît. Soit vous vous pesez une fois par semaine, toujours le même jour. Ce qui ne fonctionne pas, c’est de réagir à chaque point.

Juger sur trois à quatre semaines

Une tendance ne se lit pas en trois jours. Laissez-lui au moins trois à quatre semaines avant de conclure et de changer quelque chose. Et ne faites pas de la balance votre seul indicateur : la façon dont un pantalon tombe, le tour de taille mesuré toujours au même endroit, l’essoufflement dans un escalier, l’énergie en fin de journée disent ce que le chiffre ne dit pas. Quand la masse grasse baisse et que la masse musculaire se maintient, la balance bouge à peine alors que la silhouette change.

Un dernier point : si le chiffre décide de votre humeur ou de votre repas suivant, espacez les pesées ou rangez la balance.

Quand une variation de poids doit vous amener à consulter

Les fluctuations décrites ici sont ordinaires. D’autres ne le sont pas et méritent un avis médical sans attendre :

  • Une prise de poids rapide en quelques jours, avec des chevilles, des jambes ou des paupières gonflées, ou un essoufflement inhabituel, en particulier si vous avez un problème cardiaque, rénal ou hépatique connu.
  • Une perte de poids que vous n’avez pas cherchée et qui se poursuit, surtout avec de la fatigue, de la fièvre ou une perte d’appétit.
  • Une soif intense accompagnée d’urines très fréquentes.
  • Un changement net qui suit le début d’un nouveau traitement : certains médicaments, notamment des corticoïdes et certains traitements psychiatriques ou hormonaux, agissent sur le poids ou sur la rétention d’eau. N’arrêtez jamais un traitement de vous-même ; parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

Cet article donne des informations générales. Il ne pose pas de diagnostic et ne remplace pas une consultation. Si votre poids vous inquiète, dans un sens ou dans l’autre, votre médecin traitant peut replacer la courbe dans votre histoire, vos traitements et vos analyses, ce qu’aucune balance ne sait faire.

À retenir

  • La balance mesure la masse totale du corps à un instant donné, pas la masse grasse.
  • Les écarts d'un jour à l'autre viennent surtout de l'eau, du sel, du glycogène et du contenu digestif.
  • La perte rapide des premiers jours d'un régime pauvre en glucides est en grande partie de l'eau.
  • Chez les femmes réglées, mieux vaut comparer un cycle au même point du cycle suivant.
  • Reprendre le sport peut faire monter le poids quelques jours, par simple rétention d'eau musculaire.
  • Pesez-vous toujours dans les mêmes conditions, et comparez des moyennes hebdomadaires.
  • Une tendance demande trois à quatre semaines avant d'être interprétée.
  • Une prise de poids rapide avec gonflements ou essoufflement, ou une perte non cherchée, justifie une consultation.

Sources

  • Assurance Maladie (Ameli) — Informations destinées au public sur le surpoids, l'obésité et le suivi du poids chez l'adulte · www.ameli.fr
  • Haute Autorité de santé (HAS) — Recommandations de bonne pratique sur la prise en charge du surpoids et de l'obésité de l'adulte · www.has-sante.fr
  • ANSES — Avis et repères sur les apports nutritionnels, dont la consommation de sel · www.anses.fr
  • Santé publique France — Recommandations alimentaires et d'activité physique pour les adultes · www.santepubliquefrance.fr
  • Inserm — Dossier d'information sur l'obésité et la régulation du poids corporel · www.inserm.fr
  • Organisation mondiale de la santé (OMS) — Informations de référence sur le surpoids et l'obésité · www.who.int

Nicolas Girard

Nicolas Girard est journaliste. Il couvre l'alimentation, le poids et le bien-être : nutriments, étiquetage, compléments alimentaires, satiété, métabolisme, stress et récupération. Il s'appuie sur les repères de l'ANSES, de Santé publique France, de l'Inserm et de l'Organisation mondiale de la santé, et préfère expliquer un mécanisme plutôt que prescrire une méthode. Il écarte les régimes miracles, dit ce que la recherche établit et ce qu'elle ignore encore, et rappelle qu'un suivi individuel relève d'un professionnel de santé.

Information, et non avis médical. Cet article est un contenu d’information générale. Il ne remplace pas une consultation : seul un professionnel de santé qui vous examine peut juger de votre situation. Ne commencez, ne modifiez et n’arrêtez jamais un traitement sur la seule base de ce que vous lisez ici. En cas de symptôme sévère ou soudain, appelez le 15 ou le 112.

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