Acides exfoliants : comment choisir entre AHA et BHA

Illustration : Acides exfoliants : comment choisir entre AHA et BHA

Soins

Dans les rayons de soins, les mêmes mots reviennent sur des flacons qui ne se ressemblent pas : acide glycolique, acide lactique, acide salicylique, « peeling doux », « tonique exfoliant », « lotion renouvellement ». Derrière ces étiquettes se cachent surtout deux familles, les AHA et les BHA. Elles ne font pas le même travail, ne visent pas les mêmes problèmes et ne se dosent pas au même rythme.

La confusion se paie rarement le jour même. Elle se voit quelques semaines plus tard, sur des peaux qui tirent et qui réagissent à une crème utilisée sans souci depuis des années. Le plus souvent, il ne s’agit pas d’une allergie mais d’un excès : un tonique acide le matin, un rétinoïde le soir, un gommage le dimanche, et la barrière cutanée ne suit plus. À l’inverse, une peau encombrée de points fermés se voit souvent proposer un gommage à grains qui lisse la surface sans jamais atteindre l’endroit où le problème se forme.

Voici ce que font concrètement ces deux familles d’acides, à qui chacune correspond, et à quel rythme il est raisonnable de s’en servir. Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical : une peau douloureuse, une acné qui laisse des marques ou une rougeur qui s’installe méritent l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

Exfolier, ce n’est pas frotter

La couche la plus superficielle de la peau est faite de cellules mortes, aplaties, tenues entre elles par une sorte de ciment. Elles se détachent normalement toutes seules, en continu. Quand ce renouvellement ralentit — avec l’âge, le froid, certaines maladies de peau — ou quand le sébum les colle les unes aux autres, elles s’accumulent. La peau paraît alors terne, rêche au toucher, le maquillage accroche, et les pores se bouchent plus facilement.

Un gommage à grains décolle mécaniquement ce qui dépasse. Un acide exfoliant fait autre chose : il affaiblit chimiquement le ciment qui retient ces cellules mortes, qui se détachent ensuite d’elles-mêmes. C’est plus régulier qu’un frottement et moins dépendant de la pression exercée. C’est aussi, pour la même raison, plus facile à pousser trop loin. Précisons enfin que les produits vendus en rayon sont formulés pour un usage domestique : les peelings pratiqués par un dermatologue relèvent d’une autre catégorie.

Les AHA : la surface, la texture, l’éclat

Les AHA, ou alpha-hydroxy-acides, sont solubles dans l’eau. Ils agissent donc là où l’eau va : à la surface de la peau, sur la couche de cellules mortes, sans descendre dans un pore rempli de sébum. Les trois que l’on croise le plus souvent ne se comportent pas de la même manière.

  • L’acide glycolique est la plus petite molécule de la famille. Il pénètre vite et agit franchement, ce qui le rend efficace mais aussi le plus irritant des trois.
  • L’acide lactique est plus gros, donc plus lent, et il retient l’eau. Il convient souvent mieux aux peaux sèches ou facilement inconfortables.
  • L’acide mandélique est plus gros encore et pénètre plus lentement. Il est généralement mieux toléré par les peaux réactives et par les peaux foncées, plus sujettes aux taches après une irritation.

Ce qu’on peut en attendre, et ce qu’on ne peut pas

Après plusieurs semaines d’usage régulier : un grain de peau plus régulier, un teint moins terne, des marques brunes anciennes qui s’estompent, des ridules moins marquées parce que la surface est mieux entretenue. En revanche, un AHA n’efface pas une ride installée, ne resserre pas durablement un pore et ne traite pas une acné inflammatoire. Cette famille convient plutôt à une peau normale à sèche, terne, rêche, marquée par le soleil ou par le temps.

Les BHA : le pore, le sébum, les petits reliefs

Le BHA de la cosmétique, c’est l’acide salicylique. Sa particularité tient en un mot : il est soluble dans les corps gras. Il se mélange donc au sébum et descend dans le follicule, là où le bouchon se forme, au lieu de rester en surface. C’est la seule différence vraiment décisive entre les deux familles, et elle explique presque tout le reste.

Sur une peau grasse ou mixte, cela se traduit par moins de points noirs et de points blancs, des petits reliefs rugueux qui s’aplanissent sur le front ou le menton, et des pores qui paraissent moins visibles parce qu’ils sont moins encombrés. L’acide salicylique apaise par ailleurs la rougeur, ce qui le rend plus confortable que son efficacité ne le laisserait supposer. Il n’est pas pour autant un traitement de l’acné : une acné douloureuse, profonde ou qui laisse des cicatrices relève d’une consultation, pas d’un achat en rayon.

Deux réserves méritent d’être connues. L’acide salicylique appartient à la famille des salicylés, comme l’aspirine : en cas d’allergie connue à l’aspirine, mieux vaut demander conseil avant d’en appliquer. Et pendant la grossesse ou l’allaitement, la question se pose au pharmacien avant l’achat, y compris pour un produit purement cosmétique.

Choisir par le problème, pas par l’étiquette

« Peau grasse : BHA. Peau sèche : AHA. » Le raccourci circule partout et tombe souvent à côté. Une peau sèche peut avoir des pores bouchés ; une peau grasse peut être terne et irrégulière. La bonne question n’est pas « quel est mon type de peau » mais « qu’est-ce qui me gêne quand je me regarde dans le miroir ».

  • Le teint est terne, la peau accroche sous les doigts, des marques anciennes persistent : plutôt un AHA.
  • Des points noirs, des points fermés, des zones luisantes et encombrées : plutôt un BHA.
  • Les deux à la fois : commencer par un seul, celui qui traite ce qui gêne le plus, et laisser passer plusieurs semaines avant de juger.

Une peau mixte peut aussi ne recevoir un BHA que sur la zone médiane du visage. Et pour qui veut les deux, mieux vaut les alterner d’un soir à l’autre que les superposer : appliqués ensemble, ils ne font pas double effet, ils font double irritation.

La fréquence : moins souvent qu’on ne le croit

Le réflexe le plus fréquent est de commencer trop fort. Une fois par semaine, le soir, sur une peau propre et sèche, puis espacer ou rapprocher selon la réaction : c’est la manière la plus sûre de savoir ce que sa peau supporte. Beaucoup de personnes n’ont jamais besoin d’aller au-delà de deux ou trois fois par semaine. Un produit qui se rince est par ailleurs moins fort qu’un produit qui reste posé, même quand l’acide inscrit sur l’étiquette est le même.

Les signes qu’on est allé trop loin

  • La peau tire après le nettoyage et le reste une bonne partie de la journée.
  • Elle brille d’un aspect lisse et tendu qui n’a rien d’une peau hydratée.
  • Une crème ou un sérum utilisés depuis longtemps se mettent à piquer.
  • Des plaques rouges apparaissent, souvent autour du nez et sur les joues.
  • Les boutons augmentent au lieu de diminuer.

Dans ce cas, la réponse n’est pas un produit de plus. On arrête les acides et les gommages, on garde un nettoyant doux et une crème simple pendant deux à trois semaines, et on ne reprend que lorsque la peau est redevenue confortable — plus lentement qu’avant.

Le soleil, les précautions, et quand consulter

Une peau exfoliée est une peau plus vulnérable au soleil. Les autorités de santé publique rappellent régulièrement que la protection solaire fait partie de l’usage de ces produits, et pas seulement l’été. On s’abstient par ailleurs sur une peau lésée, sur un coup de soleil, juste après une épilation ou un acte réalisé chez un dermatologue, et pendant une poussée d’eczéma ou de rosacée. En cas de mélasma, ces taches brunes souvent symétriques du visage, une exfoliation mal conduite peut aggraver la situation.

Les situations qui relèvent d’un médecin

Certaines situations ne se règlent pas dans un rayon. Une acné qui laisse des cicatrices, des boutons profonds et douloureux, une rougeur durable du visage accompagnée de bouffées de chaleur, une éruption qui s’étend, une tache ou un grain de beauté qui change d’aspect : dans tous ces cas, l’avis d’un médecin vaut mieux qu’un mois d’essais. L’Assurance Maladie et la Haute Autorité de santé publient des repères sur la prise en charge de l’acné qui vont dans le même sens : des traitements existent, et il n’y a pas de raison d’attendre que les marques s’installent pour en parler.

Enfin, un effet indésirable lié à un produit cosmétique peut être signalé aux autorités sanitaires, en France dans le cadre de la cosmétovigilance. Une réaction inhabituelle et persistante mérite d’être rapportée, en plus d’être montrée à un professionnel de santé.

À retenir

  • Les AHA sont solubles dans l'eau et travaillent la surface de la peau : texture, teint terne, marques anciennes.
  • Le BHA, l'acide salicylique, est soluble dans les corps gras et descend dans le pore encombré de sébum.
  • On choisit selon le problème que l'on veut traiter, pas selon l'étiquette « peau grasse » ou « peau sèche ».
  • Une fois par semaine le soir suffit pour commencer ; deux à trois fois par semaine est déjà beaucoup pour la plupart des peaux.
  • Superposer deux acides, un rétinoïde et un gommage est la cause la plus fréquente des peaux abîmées par les soins.
  • Une peau qui tire, qui pique avec ses produits habituels ou qui rougit par plaques signale un excès : on arrête tout pendant deux à trois semaines.
  • La protection solaire quotidienne fait partie de l'usage de ces produits.
  • Une acné douloureuse ou cicatricielle, une rougeur durable ou une tache qui change d'aspect relèvent d'un médecin, pas d'un achat en rayon.

Sources

  • Assurance Maladie (Ameli) — Fiches d'information destinées au public sur l'acné et les affections courantes de la peau : reconnaître les symptômes et savoir quand consulter · www.ameli.fr
  • Haute Autorité de santé — Recommandations de bonne pratique sur la prise en charge de l'acné · www.has-sante.fr
  • ANSES — Dispositif de cosmétovigilance : signalement et évaluation des effets indésirables des produits cosmétiques · www.anses.fr
  • Santé publique France — Recommandations de prévention des risques liés à l'exposition au soleil et aux rayonnements ultraviolets · www.santepubliquefrance.fr
  • Inserm — Dossiers d'information sur la peau, son renouvellement et ses maladies courantes · www.inserm.fr

Léa Fontaine

Léa Fontaine est journaliste. Elle écrit sur la beauté et les soins : composition des produits, actifs, routines, peaux sensibles et protection solaire. Son travail consiste surtout à confronter les promesses imprimées sur les emballages et dans les publicités à ce que disent les données publiques et les autorités sanitaires. Elle lit les listes d'ingrédients, compare les formulations et explique en quoi un argument commercial diffère d'un effet démontré. Lorsqu'une question dépasse le cosmétique, elle oriente vers un professionnel de santé.

Information, et non avis médical. Cet article est un contenu d’information générale. Il ne remplace pas une consultation : seul un professionnel de santé qui vous examine peut juger de votre situation. Ne commencez, ne modifiez et n’arrêtez jamais un traitement sur la seule base de ce que vous lisez ici. En cas de symptôme sévère ou soudain, appelez le 15 ou le 112.

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