Pellicules : d’où elles viennent et pourquoi elles reviennent

Illustration : Pellicules : d'où elles viennent et pourquoi elles reviennent

Beauté

Un pull sombre, la lumière d’un couloir, et ces paillettes blanches sur l’épaule. La scène est banale : les pellicules se voient, elles démangent, et elles ont cette manière particulière de revenir juste au moment où l’on se croyait tranquille.

Le scénario est courant. Vous achetez un shampooing antipelliculaire, il fonctionne, le cuir chevelu s’apaise, les paillettes disparaissent. Quelques semaines plus tard, elles sont de retour, et le même flacon ne semble plus rien faire. La conclusion habituelle est que le produit a cessé d’agir, ou que le cuir chevelu s’y est habitué. Dans la plupart des cas, l’explication est ailleurs.

Voici ce qui se passe sur un cuir chevelu qui pèle, pourquoi l’état pelliculaire se gère plutôt qu’il ne se guérit, pourquoi un traitement paraît parfois perdre son effet, et à quels signes il faut penser à autre chose. Il s’agit d’information générale, pas d’un diagnostic.

Ce qui se passe réellement sur un cuir chevelu qui pèle

La peau du crâne se renouvelle en permanence : les cellules de la couche superficielle montent, meurent et se détachent, normalement une à une, invisibles. Quand ce renouvellement s’accélère et s’accompagne d’une inflammation discrète, elles partent en amas, et ces amas deviennent visibles : ce sont les pellicules.

Trois éléments se combinent.

  • Le sébum. Le cuir chevelu est l’une des zones les plus riches en glandes sébacées. La quantité produite dépend de facteurs hormonaux et individuels, ce qui explique pourquoi le problème apparaît souvent à l’adolescence.
  • Une levure naturellement présente. Le microbiote de la peau comporte des levures du genre Malassezia, qui vivent normalement chez tout le monde. Elles se nourrissent des lipides du sébum et libèrent au passage des substances qui, chez les personnes sensibles, irritent la peau.
  • La sensibilité individuelle. C’est elle qui fait la différence : deux personnes peuvent avoir la même levure et un sébum comparable, l’une ne pèlera jamais, l’autre réagira. Les pellicules ne sont donc ni une question de saleté, ni une maladie contagieuse.

On distingue souvent les pellicules « sèches », fines et volatiles, des pellicules « grasses », plus épaisses et collées à la peau, avec rougeurs et démangeaisons. Ce sont deux expressions du même mécanisme, à des degrés différents. La forme la plus marquée porte un nom médical, la dermatite séborrhéique, qui touche aussi les ailes du nez, les sourcils ou les plis derrière les oreilles.

Pourquoi elles reviennent, presque toujours

C’est le point le plus utile à comprendre : un shampooing antipelliculaire agit sur la levure et sur l’inflammation, pas sur le terrain qui les rend gênantes. Le sébum continue d’être produit, la levure reste là, la sensibilité de la peau ne change pas. Dès que la pression se relâche, l’équilibre se redéplace.

À cela s’ajoutent des déclencheurs très concrets, que beaucoup de personnes reconnaissent d’elles-mêmes.

  • La saison. Beaucoup constatent une aggravation à l’automne et en hiver, entre le froid dehors et l’air sec du chauffage, et une accalmie l’été. L’inverse existe aussi, notamment quand la transpiration s’en mêle.
  • La fatigue et le stress. Ils ne créent pas le terrain, mais font souvent basculer un cuir chevelu jusque-là calme.
  • Ce qui reste sur la tête. Bonnet, casque, transpiration prolongée, produits coiffants qui s’accumulent : autant de conditions qui favorisent l’irritation.
  • Les changements de routine. Un nouveau shampooing, une coloration, une eau très calcaire, des lavages devenus beaucoup plus rares ou plus fréquents.

Les considérer comme un terrain à entretenir, plutôt qu’un épisode à éradiquer, change la façon de s’y prendre : l’objectif réaliste n’est pas de ne plus jamais en avoir, mais de rester le plus souvent sous le seuil où cela devient visible et inconfortable.

Pourquoi le shampooing « ne marche plus »

L’idée d’une accoutumance du cuir chevelu est répandue, mais elle explique rarement ce qui se passe. Voici les plus fréquentes.

L’arrêt au premier succès

C’est de loin la première raison. Le produit fait effet, on repasse au shampooing habituel, le terrain n’a pas changé, la rechute arrive. Les conseils délivrés en pharmacie distinguent d’ailleurs une phase d’attaque, plus soutenue, et une phase d’entretien poursuivie ensuite à un rythme plus léger.

Le temps de pose

Un shampooing antipelliculaire n’est pas un shampooing ordinaire : ses actifs ont besoin de rester quelques minutes au contact de la peau. Rincé aussitôt, il lave les cheveux et ne fait guère plus. Beaucoup de « produits inefficaces » sont en réalité des produits rincés trop vite ; le mode d’emploi du flacon indique la durée prévue.

Le produit appliqué sur les longueurs

Le problème est sur la peau : masser du bout des doigts, raie par raie, change souvent plus de choses qu’un changement de marque.

L’actif qui ne correspond pas

Les formules n’agissent pas toutes au même endroit : certaines ciblent la levure, d’autres aident à décoller les squames, d’autres calment l’inflammation. Quand une famille d’actifs ne donne qu’un résultat partiel, un pharmacien peut orienter vers une autre, ou vers une alternance. Cela se discute au comptoir, et ce n’est pas une course au produit le plus fort.

L’irritation prise pour une rechute

Un cuir chevelu lavé trop souvent, à l’eau très chaude, avec un produit actif utilisé bien au-delà de ce qui est indiqué, finit par rougir et desquamer. On croit à une aggravation, on intensifie encore, et le cercle se referme. Quand un traitement semble empirer les choses, l’attitude utile est de lever le pied et de demander conseil.

Les erreurs qui entretiennent le problème

  • Gratter. Le soulagement dure quelques secondes, puis l’irritation repart de plus belle sur une peau déjà fragilisée.
  • Laver moins souvent « pour ne pas agresser ». Sur un cuir chevelu gras qui pèle, espacer les lavages laisse s’accumuler sébum et squames, ce qui nourrit le déséquilibre. Un lavage doux et régulier est mieux toléré qu’un lavage rare et décapant.
  • Les bains d’huile laissés longtemps. Ils paraissent logiques quand on croit à une sécheresse, mais ils apportent surtout des lipides à une levure qui s’en nourrit.
  • L’eau brûlante et le séchage très chaud. Tous deux entretiennent rougeurs et démangeaisons.
  • Le rinçage incomplet. Laques, cires et sprays s’accumulent à la racine et irritent.
  • Changer de produit toutes les deux semaines. Un traitement de cuir chevelu se juge sur plusieurs semaines, pas sur deux lavages.

Quand il ne s’agit pas de pellicules

La plupart des cuirs chevelus qui pèlent relèvent de l’état pelliculaire commun. Mais certains tableaux y ressemblent sans en être, et méritent un avis médical plutôt qu’un rayon de supermarché.

  • Un psoriasis du cuir chevelu. Des plaques épaisses, bien délimitées, aux squames adhérentes, qui débordent volontiers sur la lisière du front ou derrière les oreilles. D’autres zones du corps, ou les ongles, sont parfois atteintes.
  • Un eczéma de contact. Démangeaisons et rougeurs apparues après un nouveau produit ou une coloration, parfois avec un débordement sur le visage, les paupières ou la nuque.
  • Une teigne. Infection du cheveu par un champignon, surtout chez l’enfant : une plaque squameuse où les cheveux sont cassés court. Elle est contagieuse et ne guérit pas avec un shampooing du commerce.
  • Des poux. Les lentes se confondent facilement avec des pellicules, à une différence près : elles sont collées à la tige du cheveu et ne tombent pas quand on secoue la tête.

Quelques situations justifient de consulter sans attendre : des plaques qui suintent, saignent ou se couvrent de croûtes ; une douleur, des boutons purulents ou de la fièvre ; une chute de cheveux qui s’installe sur une zone devenue lisse ; une atteinte qui gagne le visage ou le corps ; une gêne qui persiste malgré plusieurs semaines de soins bien menés. Une immunité affaiblie justifie également un avis plus rapide.

Ce qui aide vraiment, sur la durée

L’approche qui fonctionne tient en quelques principes, tous ennuyeux et tous efficaces. Laver régulièrement et doucement, plutôt que rarement et violemment. Respecter le temps de pose indiqué. Traiter la peau et non les cheveux. Poursuivre en entretien une fois l’accalmie obtenue. Et reprendre cet entretien avant la saison qui vous pose problème, plutôt qu’après le retour des paillettes.

Un sommeil suffisant et des périodes de stress mieux amorties ne règlent pas le terrain, mais évitent une partie des poussées. Si rien ne bouge après plusieurs semaines, ou si le doute persiste sur la nature du problème, un pharmacien puis un médecin ou un dermatologue sont les bons interlocuteurs. Beaucoup de cuirs chevelus qui « résistent à tout » cessent de résister dès qu’ils sont correctement identifiés.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un examen. En cas de doute, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

À retenir

  • Les pellicules ne sont pas une question de propreté et ne sont pas contagieuses.
  • Elles résultent de la rencontre entre le sébum, une levure présente chez tout le monde et une peau sensible à cette combinaison.
  • C'est un terrain que l'on gère, pas une infection que l'on guérit définitivement.
  • La première cause de rechute est l'arrêt du traitement dès que le cuir chevelu va mieux.
  • Un shampooing antipelliculaire doit rester quelques minutes en contact avec la peau pour agir.
  • Le produit s'applique sur le cuir chevelu, pas sur les longueurs.
  • Espacer les lavages ou multiplier les bains d'huile aggrave souvent la situation.
  • Une irritation causée par un lavage trop agressif est facilement prise pour une rechute.
  • Plaques épaisses, suintement, douleur, chute de cheveux localisée ou atteinte du visage justifient un avis médical.
  • Chez l'enfant, une plaque avec des cheveux cassés court doit faire consulter sans attendre.

Sources

  • Assurance Maladie (Ameli) — Fiches d'information sur les affections courantes du cuir chevelu, dont l'état pelliculaire et la dermatite séborrhéique, et sur les situations qui justifient une consultation · www.ameli.fr
  • Haute Autorité de santé (HAS) — Recommandations de bonne pratique et parcours de soins en dermatologie, notamment pour le psoriasis et les dermatoses inflammatoires chroniques · www.has-sante.fr
  • Inserm — Dossiers de synthèse sur la peau, son microbiote et les maladies inflammatoires cutanées · www.inserm.fr
  • ANSES — Travaux d'évaluation des substances présentes dans les produits d'hygiène et cosmétiques et des risques d'irritation ou d'allergie associés · www.anses.fr

Léa Fontaine

Léa Fontaine est journaliste. Elle écrit sur la beauté et les soins : composition des produits, actifs, routines, peaux sensibles et protection solaire. Son travail consiste surtout à confronter les promesses imprimées sur les emballages et dans les publicités à ce que disent les données publiques et les autorités sanitaires. Elle lit les listes d'ingrédients, compare les formulations et explique en quoi un argument commercial diffère d'un effet démontré. Lorsqu'une question dépasse le cosmétique, elle oriente vers un professionnel de santé.

Information, et non avis médical. Cet article est un contenu d’information générale. Il ne remplace pas une consultation : seul un professionnel de santé qui vous examine peut juger de votre situation. Ne commencez, ne modifiez et n’arrêtez jamais un traitement sur la seule base de ce que vous lisez ici. En cas de symptôme sévère ou soudain, appelez le 15 ou le 112.

Magazine Beauté Santés’engage

Lire la charte