Chaque année à la même période, le même constat : la brosse se remplit plus vite, des cheveux restent au fond de la douche, quelques autres sur l’oreiller au réveil. Entre la fin septembre et le mois de novembre, c’est l’une des questions les plus fréquentes au comptoir des pharmacies et dans les cabinets de médecine générale.
Cette chute d’automne est banale et elle passe seule. Le problème est qu’au début, elle ressemble beaucoup à des situations qui, elles, ne passent pas seules : une carence, un trouble de la thyroïde, une maladie du cuir chevelu, une alopécie qui commence à s’installer. Certaines personnes s’inquiètent pour une chute parfaitement ordinaire ; d’autres attendent un an de trop parce qu’elles ont mis sur le compte de la saison quelque chose qui n’en relevait pas.
Voici ce qui sépare les deux situations : la manière dont la chute démarre, sa durée, son aspect, l’état du cuir chevelu. Il s’agit d’une information générale, pas d’un diagnostic : seul un médecin peut dire ce qui se passe sur votre tête.
Pourquoi les cheveux tombent davantage à l’automne
Un cheveu ne pousse pas en continu. Chaque follicule suit un cycle : une longue phase de croissance qui dure des années, une brève phase d’arrêt, puis une phase de repos de quelques mois au terme de laquelle le cheveu tombe, chassé par celui qui repousse en dessous. Ces cycles sont normalement désynchronisés : chaque follicule suit son rythme, et l’on perd des cheveux tous les jours sans que cela se remarque.
La chute saisonnière vient d’une synchronisation partielle. Un nombre inhabituel de follicules bascule au repos au même moment, pendant ou juste après l’été, puis lâche au même moment quelques mois plus tard. Ce décalage explique pourquoi la facture se paie en octobre et non en août.
Les dermatologues appellent ce phénomène un effluvium télogène. Saisonnier, il est bénin. Mais il peut aussi être déclenché par un événement précis — une maladie fébrile, une opération, un accouchement, une perte de poids rapide, un choc — et il survient alors dans les mois qui suivent, si bien qu’on relie rarement la cause à l’effet.
À quoi ressemble une chute saisonnière ordinaire
- Elle est diffuse : les cheveux tombent sur toute la tête, pas dans une zone précise.
- Elle a un début et une fin : elle s’installe en quelques semaines, dure quelques semaines à quelques mois, puis ralentit.
- Elle ne découvre pas de peau. La coiffure paraît moins fournie, mais il n’apparaît ni plaque lisse, ni zone clairsemée isolée.
- Le cuir chevelu reste normal : il ne gratte pas, il n’est ni rouge, ni douloureux, ni couvert de squames épaisses.
- Les cheveux tombés sont entiers, avec une petite extrémité claire et renflée à la racine. Ils ne sont pas cassés à mi-longueur.
- La repousse suit : quelques mois plus tard, de petits cheveux courts se redressent sur le devant du crâne et le long de la raie.
Inutile de compter vos cheveux : le comptage quotidien rend anxieux et n’apprend rien. Deux repères valent mieux. L’épaisseur de la queue-de-cheval : si elle est nettement plus fine qu’il y a un an, la perte est réelle et durable. Et la photographie : une image de la raie prise en lumière du jour, comparée à une autre quelques mois plus tard, en dit plus que toutes les impressions.
Les signes qui justifient un avis médical
Certains éléments sortent du cadre de la saison. Ils ne veulent pas dire que la situation est grave, mais ils méritent d’être montrés plutôt que surveillés à domicile pendant des mois.
Ce que l’on voit sur la tête
- Une zone sans cheveux à bords nets, ronde ou ovale, apparue rapidement.
- Une raie qui s’élargit progressivement, ou un dégarnissement du sommet du crâne, des tempes ou du front qui s’accentue d’année en année.
- Un cuir chevelu rouge, douloureux, qui démange, qui pèle, qui suinte ou qui laisse des croûtes.
- Une perte localisée là où la coiffure tire : tresses serrées, extensions, queue-de-cheval haute portée tous les jours. Une lisière qui recule dans ces zones est un signal à ne pas ignorer.
- Des cheveux courts et cassés, hérissés sur le dessus, plutôt que des cheveux entiers tombés.
Ce qui se passe par ailleurs
- Une fatigue inhabituelle, une frilosité nouvelle, une peau très sèche, un transit modifié, une variation de poids inexpliquée.
- Des règles abondantes, un régime restrictif, une alimentation qui a beaucoup changé, des dons du sang rapprochés.
- Un accouchement, une maladie avec fièvre, une opération ou un amaigrissement rapide dans les mois précédents.
- Un médicament commencé ou modifié récemment. N’arrêtez jamais un traitement de vous-même : signalez-le, c’est au prescripteur d’en juger.
- Une perte de poils ailleurs : sourcils, cils, barbe, corps.
Reste un critère plus simple, la durée. Une chute qui ne ralentit toujours pas après plusieurs mois, ou qui revient à chaque saison sans que la densité se reconstitue entre deux épisodes, n’est plus une chute saisonnière. Et si la situation vous angoisse au point d’occuper vos journées, c’est déjà une raison suffisante d’en parler.
Ce qui aide vraiment, et ce qui ne sert à rien
Aucun geste n’arrête une chute saisonnière : elle s’arrête d’elle-même. En revanche, plusieurs choses évitent de l’aggraver.
Manger assez, et varié. Les régimes très restrictifs comptent parmi les causes évitables les plus fréquentes de chute diffuse. Le cheveu est fabriqué à partir de protéines et le follicule est un tissu à renouvellement rapide : il encaisse mal les privations. Les repères nutritionnels publiés par les autorités sanitaires françaises vont tous dans le même sens, celui d’une alimentation variée plutôt que de produits ciblés.
Ne pas se supplémenter à l’aveugle. C’est le point le plus important de cette liste. Le fer, en particulier, ne se prend pas par précaution : un excès n’est pas anodin et seule une prise de sang peut dire s’il manque. Les agences sanitaires rappellent régulièrement que les compléments alimentaires ne sont pas des produits neutres, qu’ils peuvent interagir avec des traitements et qu’ils ne remplacent pas un avis. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d’en commencer un.
Continuer à se laver les cheveux normalement. Espacer les shampooings ne retient rien : les cheveux déjà détachés s’accumulent et partent tous au lavage suivant, ce qui donne l’impression d’une aggravation.
Relâcher la traction et la chaleur. Coiffures serrées portées quotidiennement, extensions, lissages à très haute température, décolorations rapprochées : ces gestes abîment la fibre et, pour la traction, le follicule lui-même. Ils provoquent surtout de la casse, que l’on confond avec une chute. La différence se voit à l’œil nu : un cheveu tombé est entier et porte une racine, un cheveu cassé est court et n’en a pas.
Ne servent à rien, en revanche : changer de shampooing toutes les semaines, empiler les produits, croire à une promesse de résultat en quelques jours. La repousse se compte en mois, quel que soit le flacon.
Comment se passe une consultation
Le premier interlocuteur est votre médecin traitant, qui vous orientera vers un dermatologue si nécessaire. C’est le parcours de soins décrit par l’Assurance Maladie, et c’est aussi le plus rapide dans la plupart des régions.
La consultation commence presque toujours par des questions plutôt que par un examen : depuis quand, comment cela a commencé, ce qui s’est passé dans les mois précédents, les médicaments, l’alimentation, les antécédents familiaux, les habitudes de coiffage. Vient ensuite l’examen du cuir chevelu, parfois à l’aide d’une loupe éclairante, et un test de traction douce sur quelques mèches pour estimer l’intensité de la chute. Une prise de sang n’est pas systématique : elle est prescrite quand le contexte le justifie, par exemple pour rechercher un manque de fer ou un trouble de la thyroïde.
Deux conseils pratiques : apportez vos photos, même prises au téléphone, elles racontent mieux l’évolution que votre souvenir ; et notez la liste de tout ce que vous prenez, médicaments comme compléments, y compris ce qui vous paraît anodin.
Selon la cause, des traitements existent, et ils n’ont rien à voir les uns avec les autres : ce qui convient à une chute d’origine hormonale n’a aucun intérêt dans une maladie inflammatoire du cuir chevelu. Le diagnostic vient donc avant le traitement. Si vos cheveux vous inquiètent, faites-les regarder plutôt que d’essayer des produits au hasard pendant des mois.
À retenir
- La chute d'automne vient d'une synchronisation partielle des cycles du cheveu, décalée de quelques mois par rapport à l'été.
- Une chute saisonnière est diffuse, dure quelques semaines à quelques mois, puis ralentit d'elle-même.
- Elle ne découvre jamais de peau et laisse le cuir chevelu normal, sans rougeur, démangeaison ni croûte.
- Une zone sans cheveux à bords nets, une raie qui s'élargit d'année en année ou un cuir chevelu douloureux ne relèvent pas de la saison.
- Une chute qui ne ralentit pas après plusieurs mois mérite un avis, comme une fatigue, une frilosité ou des règles abondantes associées.
- Ne prenez pas de fer par précaution : un excès n'est pas anodin et seule une prise de sang peut dire s'il manque.
- Espacer les shampooings ne retient aucun cheveu ; relâcher les coiffures qui tirent, en revanche, protège le follicule.
- Le médecin traitant est le premier interlocuteur et oriente vers un dermatologue si c'est nécessaire.
- Ce texte est une information générale : il ne remplace ni l'examen d'un médecin ni l'avis d'un pharmacien.
Sources
- Assurance Maladie (Ameli) — Les fiches d'information sur la chute de cheveux et sur le parcours de soins coordonné avec le médecin traitant · www.ameli.fr
- ANSES — Les avis et travaux sur les compléments alimentaires et sur les apports nutritionnels de référence · www.anses.fr
- Santé publique France — Les repères nutritionnels du Programme national nutrition santé · www.santepubliquefrance.fr
- Haute Autorité de santé — Les recommandations de bonne pratique et les documents sur le recours au médecin spécialiste · www.has-sante.fr
- Inserm — Les dossiers d'information sur la peau, ses annexes et les maladies de la thyroïde · www.inserm.fr
Information, et non avis médical. Cet article est un contenu d’information générale. Il ne remplace pas une consultation : seul un professionnel de santé qui vous examine peut juger de votre situation. Ne commencez, ne modifiez et n’arrêtez jamais un traitement sur la seule base de ce que vous lisez ici. En cas de symptôme sévère ou soudain, appelez le 15 ou le 112.
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